POUR UNE VILLE ÉCOLOGIQUE, CITOYENNE ET SOLIDAIRE

Dresser le bilan des pistes cyclables temporaires : oui, mais avec sérieux

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La municipalité a lancé il y a quelques jours un questionnaire visant à évaluer le dispositif des pistes temporaires, parfois appelées « coronapistes ». Nées à la suite du confinement, elles avaient pour objectif de proposer une alternative à la voiture et aux transports en commun.

Notre collectif, composé de nombreux cyclistes, vélotafeurs et militants du vélo, avait travaillé à des propositions concrètes, dont certaines ont été reprises par la municipalité.

Les premiers résultats dans les villes françaises sont très encourageants, et nous souhaitons que les pistes nées à Massy soient les prémices d’un vrai réseau cyclable durable qui n’en est, pour l’heure, qu’à l’état d’embryon.

Seulement, encore faut-il évaluer avec sérieux ce dispositif inédit avec des outils de qualité. Nous le regrettons amèrement, mais le questionnaire proposé en ligne et dans le journal municipal souffre de défauts majeurs qui en empêcheront son traitement.

C’est à ce sujet que nos élu.es ont souhaité adresser au maire et aux adjoint.es concerné.es des remarques et des propositions pour corriger ces erreurs, car la ville cyclable que nous appelons de nos vœux appelle à davantage de sérieux dans sa réalisation. Elle ne s’improvise pas.

À l’attention de Nicolas SAMSOEN, Maire de Massy, Élisabeth PHLIIPPOTEAU, adjointe aux circulations douces et Hakim SOLTANI, adjoint aux transports.

Monsieur le Maire,
Madame et Monsieur les Adjoint·es au Maire,

Comme citoyen∙nes de notre ville et en tant que cyclistes, nous avons été amené∙es à répondre au questionnaire construit par la Ville de Massy concernant les nouveaux aménagements cyclables. Nous avons d’abord été séduit∙es par la démarche de retour vers les usager∙ères en vue d’une évaluation nécessaire du dispositif de pistes temporaires que nous soutenons, mais nous avons vite déchanté en constatant l’ampleur des défauts techniques de ce questionnaire, qui en empêcheront toute utilisation sérieuse.

Tout d’abord, nous souhaitons ici relever les défauts qui concernent les questions sur l’avis des enquêté∙es :

  • La difficulté à se repérer, que la carte située tout en haut ne lève pas. Une carte par rue située face à la question ainsi qu’une image de l’aménagement auraient été utiles ;
  • L’imprécision des modalités positif / négatif, qui ne permettent pas l’expression de réels retours sur ces aménagements. Comment signaler que l’aménagement est mieux, mais qu’il est améliorable ; comment signaler que l’aménagement en tant que tel est positif, mais qu’il a été rendu difficile d’usage par des chantiers ; comment signaler qu’il faudrait conserver l’aménagement mais avec un panneau supplémentaire à l’attention des cyclistes ou automobilistes ?
  • La modalité située au centre nommée « inexistant ». Au sens propre, cette modalité semble se référer à l’avis inexistant, mais nous ne savons pas si elle est censée évoquer un aménagement inexistant. Par ailleurs, dans l’hypothèse qu’elle concerne bien l’avis, elle mêle des situations trop différentes pour être regroupées, notamment « je n’ai jamais emprunté ce passage en vélo » ou alors « je ne sais pas me prononcer » ou encore « je ne me rappelle pas de quel passage il s’agit ». Sans précision sur cette modalité, l’analyse des autres modalités est rendue complexe puisqu’elles peuvent avoir été utilisées à tort.

Aussi, un des principaux problèmes concerne la question sur l’impact sur la « circulation », sans précision sur le terme. Or, c’est en nous mettant dans la peau des concepteur∙rices du questionnaire qui semble postuler une concurrence entre vélo et voiture que nous émettons l’hypothèse que cette question concerne la circulation automobile, mais est-ce bien le cas ? Ces aménagements n’ont-ils pas également des conséquences sur la circulation cyclable ou piétonne ? Comment savoir par rapport à laquelle des « circulations » les répondant∙es se sont situé∙es ? Il faut également ajouter qu’une question d’opinion est, sur ce point, particulièrement peu utile pour mesurer les effets sur la circulation, contrairement à ce que seraient des comptages.

Pour finir, les premières questions concernant l’âge et la rue ou le quartier de résidence constituent, selon la CNIL, une information indirectement nominative et disproportionnellement précise par rapport aux besoins. En effet, sachant qu’il est inutile de collecter une information aussi précise que l’âge et que des tranches auraient suffi, sachant qu’il est également inutile de disposer de la rue et que des modalités de quartier auraient suffi (sans compter les difficultés de recodage non négligeables qui attendent les services qui traiteront ce questionnaire et seront contraints de coder des rues dans des quartiers), sachant également qu’il est possible de retrouver une personne de 26 ans résidant d’une rue particulière (si tant est que celle-ci n’est pas trop grande), cette information est à la fois trop précise et indirectement nominative

Pour toutes ces raisons, nous pensons que, plutôt qu’un questionnaire insuffisamment préparé et inégalement diffusé dans la ville, il serait plus utile de créer un Comité vélo, ouvert et transparent, tel que vous avez promis de le faire durant la campagne, constitué de différents types d’usager∙ères, de différents collectifs et d’associations spécialisées, à même de remonter les réels besoins sur les nouveaux aménagements mais également sur le réseau préexistant qui se doit lui aussi d’être amélioré.

Nous restons à votre disposition pour discuter de la mise en place de ce comité ou sur les problèmes qui nous sont remontés concernant les voies cyclables à Massy.

Les élu∙es « Nous Sommes Massy »
Hella KRIBI-RHOMDANE, Roger DEL NEGRO, Joanie CAYOUETTE, Alexandre GILLES, Cécile COHEN, Jonathan LABAN-BOUNAYRE

L’association « Nous Sommes Massy »